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Histoire de la commune

Ses temples, ses églises et ses divers châteaux…

L’époque azilienne (11 000 à 9 000 ans avant J.C.) a connu l’homme installé sur les bords de La Rise (l’Arize) et en particulier dans la grotte de Mansii Azilii (Mas d’Azil). Au néolithique, de nombreux dolmens apparaissent dans un rayon de 5 à 10 km aux alentours de la grotte (Cap del Pouech, Brillaud, Bidot, Comminges, Seignas, Coudère, Le Peyré.). Et la création de notre village : à quand remonte-t-elle? La prudence historique s’imposant, nous ne la daterons pas. C’est seulement à partir de l’an 500 de notre ère que quelques documents attestent de la présence humaine sur nos terres.

  • Il semblerait que Les Bordes, au sortir de l’antiquité, ait été le siège d’un castrum gallo-romain et que ce lieu se serait longtemps appelé Ramos ou Rams (Napoléon Peyrat dans plusieurs de ses écrits). En 1081, il est fait mention dans un cartulaire du Mas d’Azil (recueil d’actes ordonnant les titres et privilèges d’une communauté religieuse ou laïque) de la présence de religieux à Lasbordas ou Bordies (en latin les fermes).
  • En 1174, un cartulaire de Lézat mentionne le clocher-pignon de l’église Saint Pey de Romengous derrière le hameau de Lagrémounal (champs des moines en latin). En 1318, le diocèse de Rieux est constitué et à cette occasion, la paroisse des Bordes et l’église du hameau Saint Félix des Salenques sont placées sous le patronnage du monastère du Mas d’Azil. En 1323, une léproserie est signalée aux Bordes.
  • Dès le haut moyen-âge, un château fort (ou plutôt une vaste maison forte sans de très hautes tours) défendu par des remparts assez importants y est bien attesté. En 1331, Bertrand des Bordes en est le seigneur.
  • A la mort de Gaston II de Foix, sa femme Eléonore (ou Alienor) de Comminges et son fils, treizième comte de Foix, Gaston III (dit Phoebus, lui-même préfèrant l’orthographe Febus) récupèrent, en échange de la libération de Jeanne d’Artois emprisonnée, les terres du Dalmazan, du Volvestre, de Carbonne et du Mas d’Azil. Par cet accord, les feudataires, jusque là vassaux de Jeanne d’Artois, passent sous vasselage de Gaston Phebus et du Comté de Foix. Cet accord est signé et fêté dans le cloître de Foix, le 3 janvier 1344, en présence d’Adhemard et Arnaud des Bordes, damoiseaux et co-seigneurs du château des Bordes. Les seigneurs des régions concernées sont présents ainsi que de nombreux consuls parmi lesquels ceux de Sabarat, Daumazan, le Carla, et le Mas d’Azil.
  • Suite à un vœu émis par le défunt Gaston II, Gaston Phebus et Eléonore de Comminges fondent le monastère cistercien de femmes (ordre de Citeaux) des Salenques le 1er septembre 1353. Il s’appellera « Notre Dame de l’abondance Dieu ». En mai 1365,la quarantaine de religieuses reçoivent gracieusement l’église-château jouxtant leur couvent ainsi que le moulin situé en bordure de l’Arize. Eléonore de Comminges fait graver ses armoiries sur le portail de l’église. Sa dépouille mortelle y sera enterrée, sous grande escorte, en janvier 1376. Selon le chroniqueur Froissart, Gaston Phoebus serait venu une paire de fois aux Salenques sur la tombe de sa mère et aurait, à l’occasion, participé à des chasses au gros gibier dans les forêts des Bordes, Campagne et Montfa.
  • Le territoire des Bordes va relever de la châtellenie de Camarade. En 1483, le couvent des Salenques a été partiellement dévasté par le Prince Noir et ses bandes anglaises ainsi que par les routiers des grands chemins. Reconstruit, il va diversement prospérer jusqu’aux guerres de religion, tout comme celui voisin de Porte-Cluse, aujourd’hui sur la commune de Campagne.
  • Nous entrons dans l’ancien régime. François 1er est roi de France. Par l’ordonnance de Villers-Cotterêts en 1539, il décide que la France écrirait et parlerait français. Luther, en publiant en 1517 ses 95 thèses, s’oppose au pape Léon X et donne naissance au mouvement de la Réforme, suivi en 1536 par Jean Calvin qui écrit le manifeste de la Religion réformée. A partir de là, l’histoire des Bordes va s’inscrire dans le contexte géographique plus large des vallées de l’Arize , de la Lèze et demeure liée à celle du Mas d’Azil, haut lieu de la foi huguenote dans le Comté de Foix. Dès 1562, des villages entiers, comme le Mas d’Azil, le Carla, Sabarat, Gabre épousent les thèses réformées.
  • Les Bordes vont attendre une bonne douzaine d’années et la mise à sac du couvent des Salenques, après plusieurs tentatives, le 20 juillet 1574, par les huguenotes des villages voisins, prétextant une fiscalité pesante et les prix fort élevés du droit de moudre au moulin des Salenques, les moulins à vent du Carla ayant été détruits. Les religieuses se réfugient d’abord au château de Pailhès, ensuite à Montesquieu et enfin à Toulouse en 1579. Dans la foulée, les Bordes vont basculer dans le camp réformé.
  • En 1590, il n’y a plus de culte catholique. L’église Saint Saturnin, située dans l’enceinte du château (aujourd’hui jardin situé en surplomb de la Place des Résistants) est détruite. Ses pierres serviront à édifier le premier temple ou maison des oraisons à la Porte Paicheire (croisement aujourd’hui du chemin de Sabarat et de la rue du Temple).
  • En 1598, l’Edit de Nantes, signé par le roi Henri IV, définit les droits des protestants et est censé mettre fin aux guerres de religion. Après l’assassinat du roi par Ravaillac, LouisXIII, ne supportant plus l’hégémonie protestante dans certains fiefs du Comté de Foix, envoie le maréchal de Thémines et une partie de l‘armée royale (13000 hommes, 11 groupes de cavalerie, 25 pièces d’artillerie) à l’assaut, en particulier, du Mas d’Azil et des villages huguenots voisins.
  • Après une résistance héroïque de paysans à Jeanbonnet (le Carla), les troupes royales, courant août 1625, font le siège des Bourrets qu’elles détruisent totalement à coups de canon, faisant de très nombreuses victimes. Alors que les combats continuent autour de Beauregard et de Lapeyrère, les consuls des Bordes ( Dupias, Gardel, Ladevèze, Rosselloti, Dumas de Montagne et Dumas de Marveille) décident, le 1er septembre, d’incendier totalement le village afin de ne pas le livrer à Thémines qui songeait à y installer une arrière-garde militaire. Sabarat décide la même chose. Les populations des deux villages voisins vont aller grossir les rangs de la défence du Mas d’Azil dont le siège va débuter le 10 septembre. Camarade et Gabre tombent lors de durs affrontements. Après de multiples combats, les assiégés et les remparts de la ville tiennent le coup. Une résistance acharnée s’organise dans la grotte. Thémines, humilié, harcelé, abandonné par un partie de ses troupes qui déserte à la suite d’une grave inondation de l’Arize décide de lever le siège le 18 octobre 1625. Les réformés de la contrée viennent d’écrire l’une des plus belles pages de leur histoire. Mais rapidement, les protestants sont à nouveau génès dans l’exercice de leur culte et en 1680 commencent les dragonnades en Béarn, en Languedoc. En 1685, Louis XIV révoque l’Edit de Nantes et par l’Edit de Fontainebleau interdit le culte réformé en France. Pour les protestants, le temps des persécutions ouvertes ou sournoises, va succéder à celui des guerres. Beaucoup d’entre eux vont devoir choisir entre le « refuge » , l’exil, et le « désert », soit une clandestinité sans cesse menacée.
  • Le village, après avoir été incendié a mis beaucoup de temps à se relever. Les épidémies (peste en particulier) font beaucoup de victimes. Les chamailleries religieuses continuent. La partie supérieure des Bordes, derrière les ruines du château, sur le lieu-dit « Darré la Viello » ne sera jamais reconstruit. Ses pierres serviront à la reconstruction de la partie basse du village. A la fin du XVII ème siècle, l’église sur l’ emplacement actuel, dédiée à Saint Jacques, et qui existe déjà sous une forme très rudimentaire sera rebâtie entre 1868 et 1875, un cimetière lui étant accolé.
  • En 1682, Jean Bonnefous, curé des Bordes, Guilhomme Destroup, procureur du roi, de Malenfant, commissaire-enquêteur à l’évêché de Rieux, décident après une longue polémique avec les consuls des Bordes de raser le temple car le trouvant trop prés de l’ancienne église Saint Saturnin (celle-ci n’officiant pourtant plus depuis longtemps car totalement détruite). Les contestataires protestants à ce projet estiment que la distance mesurée devait être celle séparant le temple (Porte Paicheire) de l’église Saint Jacques en aval du village, sur la rive droite de l’Arize. En 1683, la population des Bordes s’élève à 1O86 âmes (802 huguenots et 284 catholiques) et celle de Sabarat à 520 dont 370 protestants.
  • Au même moment, il est décidé que le nouveau temple serait construit à une centaine de mètres du précédent, sur un pré offert par Jean Hiot, huguenot, situé « al fons del camp del Souleilhat », lieu où il est aujourd’hui. Il aura fallu attendre un siècle pour que le bâtiment y soit érigé en 1786, à la veille de la révolution, en faisant ainsi un des plus vieux temple de France. Plus de deux siècles plus tard il sera rénové en 2007. Alors que le XVII è siècle s’achève sur une grande famine dans nos territoires, Carles Perrault écrit Le Petit Poucet. La peste se manifeste à nouveau en 1720.
  • En 1789, la Révolution française – états généraux, serment du jeu de Paume, assemblée constituante, prise de La Bastille, abolition des privilèges, déclaration des droits de l’homme et du citoyen, liberté de pensée et religieuse, etc – débouche en 1792 sur la proclamation de la République. La mort de Louis XVI par un vote majoritaire de nos députés est actée, nos représentants Ariègeois s’y associant sans faille. L’entité gouvernementale mais aussi le département avec ses chefs-lieux ou districts, le canton, et surtout, nous touchant particulièrement, la commune sont créés dans la difficulté et les tiraillements par la Contituante. L’effacement de repères chrétiens millénaires est difficilement acceptable. Jean-Baptiste Dumas de Marveille (1726-1799), en tant que seigneur engagiste des Bordes, puis comme premier maire de la commune en 1792, participe aux diverses réunions politiques qui ont lieu à Foix ou à Pamiers.
  • En l’an 1801, la population des Bordes s’élève à 1256 habitants, celle du Mas d’Azil à 2307, le Carla 1800 et Sabarat 602. Malgré les trop nombreuses guerres napoléonniene et une épidémie de choléra en 1826, la vie au Bordes se déroule autour d’une  » polyculture de nécessité » sur des surfaces réduites (1 à 1,5 hectare maximum). Commençée plus tôt, la déforestation se poursuit du côté de Costo caudo et tout le versant au-dessus des Bades entrainant l’édification d’une multitude de petits murets en pierres sèches ( mauriens ou maourets ) qui retiennent dans la pente la terre et sur laquelle vont prospérer toutes sortes d’arbres fruitiers. Bovins, ovins, caprins, suidés occupent l’espace agricole sur lequel, ça et là, apparaissent les premiers attelages de boeufs blancs et gris de race gasconne. L’artisanat se développe autour du bois, de la pierre, des forges, de la meunerie. La vigne apparait de plus en plus. La pomme de terre, les fêves , le maîs, l’orge et le seigle sont le plus produits. Au niveau national, Jules Ferry fait voter, à partir du 16 juin 1881, l’obligation, la gratuité et la laïcité de l’enseignement. Les filles obtiennent les mêmes droits que les garçons. L’instituteur diffuse le savoir, les devoirs du citoyen et la morale républicaine.
  • Albert Ladevèze ( dont le prat besinal porte le nom ) est élu maire des Bordes de 1870 à 1889 et conseiller général du canton du Mas d’Azil. L’étalement du village se poursuit sur la rive droite de l’Arize, la mairie y étant élevée en1883.
  • L’histoire toute récente des Bordes (XX ème siècle) est encore gravée dans nos mémoires car elle nous a été racontée par nos grands-parents, nos parents, nos voisins et, comme on dit d’une façon légère et affectueuse, par les plus vieux. Malgré d’indéniables trouvailles et inventions, de gigantesques progrès dans les techniques, le développement de nouvelles technologies, l’accélération de la recherche, les avancées de la médecine et de l’intelligence artificielle (etc…), ce siècle est aussi un des plus meurtriers en termes de guerre et de conflit. Le monument aux morts de notre commune en témoigne à chaque instant. Gageons que le XXI ème siècle, déjà bien entamé, soit celui de la Paix pour tous dans le monde et que la devise gravée aux frontons de nos mairies « liberté, égalité, fraternité » reste à jamais d’actualité.

Patrimoine local

Nature, lumières et pierres médièvales

L’alignement de maisons aux crépis divers, colorés et aux volets peints, qui fait partie intégrale du lit de l’Arize, surprend immédiatement et agréablement le visiteur, de par sa perspective, sa lumière et sa beauté.
Derrière ce très bel écran, se cache le coeur des Bordes au caractère moyenâgeux, avec ses ruelles, ses « cantous », ses escaliers empierrés, ses maisons à colombages, ses clés de voûtes datées ou sculptées d’armoiries, ses niches et ses porches et enfin ses merveilleuses et très anciennes portes en bois de style roman.
Au sommet de cet enchevêtrement de toits aux tuiles rouges et vieillies par le temps, se trouve un agréable point de vue sur le village et la vallée : le plateau de la Chapelle. Situé sur l’emplacement de l’ancien château-fort, il ne reste de ce dernier qu’un pan de mur avec ses meurtrières et ses fossés de protection. Le clocher qui surplombe le tout est de construction récente (1936).
Suite à la lecture de l’histoire des Bordes, il est à remarquer l’opposition de lieux entre le temple (place Napoléon Peyrat) situé à l’est sur la rive gauche de l’Arize et de l’église Saint Jacques bâtie à l’opposé, sur la rive droite.
Les hameaux dépendants du village (Rébaillou, les Mances, Lagrémounal, Lapeyreire et les Bourrets), ont chacun leur originalité et méritent la promenade. Trois châteaux de styles et d’origines différentes, construits entre le XIVème et le XVIIIème siècle, aujourd’hui propriétés privées, sont visibles d’un peu partout sur la commune : il s’agit des Salenques (détruit par un incendie en 1997), Marveille et Ligny.
Les fontaines de Pignot, de Rousségot, de Saint Pey, le puit couvert des Bourrets méritent le détour des curieux. Ne pas oublier également pour les marcheurs de longer les ruisseaux de Marveille d’en haut, de Rousségot, de Biscagne, des Laques, des Fittes, de Friquet, de Porte Cluse, de Malaquit, du Coumpagnou baïch et du Bartaragnas.
Il n’est pas interdit, non plus, de suivre quelques chemins balisés qui vous conduiront au Carla, à Castéras, à Sabarat, à Campagne et au Mas d’Azil. Sur ce dernier parcours, au niveau des Bades et au dessus sur la crête, des orris restaurés et des mauriens redressés s’offrent à tous. Dans le voisinage immédiat, le panorama est magnifique.

Patrimoine Intelectuel

A Peyrat la beauté harmonieuse, à Icres la violente poésie

Napoléon Peyrat dit « Napol le Pyrénéen), est né le 20 janvier 1809 à Rébaillou (atelier de menuiserie de Gaby Soula, décédé); il est le fils de Jean-Eusèbe Peyrat et de Marguerite Gardel. Historien (essentiellement du catharisme et du protestantisme), écrivain, poète et pasteur à Saint Germain en Laye, il meurt le 4 avril 1881 et y est enterré, après quarante ans de ministère. Parmi ses nombreux écrits, retenons « L’Histoire des Albigeois, 1870-1872 »; « L’Histoire des pasteurs du désert, 1842″; L’Arize, 1862 »; « La grotte du Mas d’Azil, 1874 »; « Les Pyrénées, 1877 », etc. Son régionalisme ne saurait être détaché d’un message d’universalité.

A chaque instant de l’oeuvre poétique de Peyrat surgissent ces noms chéris de notre terroir : Radalenque, Balaguer (c’est Marveille), la Quère, les Salenques, Ramos (Rams, le très vieux Bordes), Roquebrune, Camp Batalhé, Réballion. Il nous parle du cèpe de Gabre, de Bellevue et de Biscagne, de la source de Castagnes. Il chante la nature de son pays : le rossignol, la fauvette, le roitelet, le bouvreuil…. Victor Hugo et Lamartine louèrent cette « poésie très biblique, automnale et très cantabre ». Et Anatole France en 1924, dans la Vie Littéraire, qualifia Peyrat de « joyau du romantisme ».

Fernand Icres (pseudonyme, Fernand Crésy) est né à Les Bordes-sur-Arize le 15 novembre 1856. Il meurt à Castex le 14 septembre 1888 à l’âge de 32 ans des suites d’une phtisie. En 1878, il monte à Paris pour préparer l’école des Chartes qu’il abandonne pour s’imposer comme poète, tout en pratiquant le métier d’instituteur. Il s’engage derrière plusieurs mouvements de pensée plus ou moins satiriques qui se succèdent : les Hydropathes, les Zutistes, les Jemenfoutistes, les Hirsutes où il cotoie aussi bien Charles Cros que son voisin et ami pyrénéen Tailhade. Il écrit dans plusieurs revues et fréquente assiduement le cabaret, le théâtre, le café-concert « Le Chat Noir » situé en plein Montmartre. Une remarque : ayant assisté à une décapitation, Fernand Icres luttera contre l’utilisation de la guillotine et deviendra avant l’heure, un adepte de l’abolition de la peine de mort.

« Les Bouchers » (pièce de théâtre), « Faouches », « Les fauves », « Panurge » (livrets de poésie), « Le justicier » (roman dont l’action se déroule au Mas d’Azil), sont les principales créations d’Icres dans sa courte carrière.
Un quatrain célèbre d’Icres, toujours visible, orne l’entrée de la grotte du Mas d’Azil :

 » En vain le souvenir dans le coeur des hommes

Sur ce roc par mes vers je veux éterniser

Malgré le temps qui fuit et le peu que nous sommes

Le parfum d’une fleur et l’émoi d’ un baiser ».